Le consentement

« Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence ; prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre. »

Dans son très beau livre, Le consentement, paru aux éditions Grasset ce mois de Janvier 2020, Vanessa Springora, raconte  sa relation avec Gabriel Matzneff  et son récit, écrit à la première personne est d’une puissance froide et glaçante. Il ne sera jamais nommé autrement que par les initiales GM.

 

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C’est un récit qui ne contient que des faits, des interrogations, aucun jugement. Sont décrits sa situation familiale, le terrible sentiment d’abandon ressenti au départ de son père alors qu’elle est âgée de six ans, et cette furieuse envie de vivre une relation avec un adulte admiré. Mais l’homme de cinquante ans qui la convoite et quadrille son quartier pour la « rencontrer » est un pédocriminel qui va lui voler son adolescence. Elle n’a que treize ans.

Le récit de Vanessa Springora est découpé en cinq parties qui expliquent comment cette relation a évolué et l’a détruite : L’enfant – La proie – L’emprise – La déprise – L’empreinte – Écrire.

C’est époustouflant de découvrir combien peu de proches s’indignèrent de l’emprise que cet homme a exercé sur la jeune fille ; elle se sentait amoureuse et importante dans le regard qu’il posait sur elle, jusqu’au jour où elle a découvert ses journaux intimes. Et plus tard, les détails qu’il y exposait sur leur « amour ». La réduisant à une initiale V. dont la jeunesse devint un autre trophée accroché à son sinistre tableau.

C’est révoltant de découvrir combien peu de journalistes ou critiques littéraires s’indignèrent  des actes de GM (Matzneff) longuement décrits dans ses publications qui ne furent pas des oeuvres de fiction.

Vanessa Springora publie un récit superbement écrit, avec des mots justes et précis.