Le sang ne suffit pas

Il réalisa avec émerveillement que le chagrin était une chose dont un homme pouvait faire des réserves, l’entasser comme de l’or au creux de son âme, même si c’était un trésor amer. Il y avait une forme d’égoïsme à se croire seul dans le secret des neiges cruelles de la souffrance.

Le sang ne suffit pas

C’est un roman d’ Alex Taylor, paru aux éditions Gallmeister (dans la collection Totem) et traduit de l’américain par Anatole Pons-Reumaux.

Alex Taylor raconte une épopée sauvage dans l’Amérique du XVIII ème siècle. Black Tooth, le chef de la tribu Shawnee, est redouté par les habitants du petit fort voisin de Bannock : les trappeurs qui s’aventurent au-delà du fort ont rarement la vie sauve si leur chemin croise celui des Shawnees. Alors le chef Black Tooth leur promet la paix à condition que chaque année lui soit donné un nouveau-né.

Entre les putains enceintes, il y avait eu un tirage au sort.

À Fort Bannock, encouragés par le docteur Integer Crabtree, on discute, on inventorie, on élimine, et enfin on se met d’accord : Par une journée venteuse de la fin octobre, les bonnes gens de Bannock s’étaient rassemblées à côté du puits en pierres comme elles l’avaient fait les trois automnes précédents, cinq femmes enceintes sont retenues, ce sont des prostituées, alors donner leur enfant aux shawnees… Le tirage au sort désigne Della.

Très enceinte et très opposée à cette décision, elle est aidée dans sa fuite par Marl Vandemeer, le planteur d’indigo. Mais en cet hiver particulièrement rigoureux, la cabane nichée dans les montagnes dans laquelle ils trouvent refuge offre bien peu de protection. Il fait froid et les vivres viennent à manquer quand arrive Reathel un voyageur solitaire que ses pas frigorifiés et affamés ont mené jusque là. C’est dans cet abri que vient au monde le bébé de Della.

Une fois hors de l’écurie, les deux frères allèrent chercher leurs montures.

Crabtree fait appel aux frères Autry, Elijah et Bertram : – Vous n’êtes pas sans savoir que la paix que nous avons négociée avec les Shawnees dans ce pays avait un prix. Elle peut être révoquée à tout moment et le sera si les impies ne reçoivent pas leur paiement pour cette année.

Contre espèces sonnantes, ils acceptent de se lancer à la recherche de Della et de la ramener au Fort. Ils se séparent, empruntant chacun un chemin différent pour parvenir à la cabane des Vandemeer en gravissant les chemins escarpés des Crazy Jacks Mountains.

Bertram atteint la cabane, emmène la jeune maman et retrouve Elijah.

– Il faut se mettre en route, dit Della, rompant le silence.

Commence alors un voyage éprouvant ponctué de rebondissements. Parsemés de descriptions poétiques de la nature, les chapitres de ce roman dressent le décor d’une nature sauvage, dangereuse et superbe. Car une ourse rôde dans les parages. Reathel se figea, sous le choc. En contrebas de la piste, l’ourse avait perçu l’odeur du cheval et du mulet et peut-être aussi de l’enfant, et elle était venue les suivre. Les chasser.

Si les personnages que campe Alex Taylor sont saisissants, le style l’est tout autant. Le sang ne suffit pas est une histoire superbement ficelée et extraordinaire. Il y a de belles découvertes de littérature américaine aux Éditions Gallmeister.

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