Justice indienne

En regardant la pierre tombale de ma mère, je me souvins de ce qu’elle m’avait dit juste avant de mourir.
– Akita mani yo.
« Observe tout en marchant. » Je crois qu’elle voulait dire qu’il fallait que j’aie conscience du monde tel qu’il était vraiment, pas tel que je voulais qu’il soit. La conscience indienne.

Paru aux éditions Gallmeister, dans la collection Totem, Justice indienne est un polar insolite et passionnant de David Heska Wanbli Weiden traduit de l’américain par Sophie Aslanides.

Virgil Wounded Horse vit dans la réserve indienne de Rosebud dans le Dakota du Sud. Pour gagner quelques billets, il joue les justiciers pour les gens de la réserve qui n’ont pas obtenu réparation par les moyens légaux. Sur les réserves indiennes des États-Unis, en vertu d’une loi passée en 1885 (le Major Crimes Act), la plupart des crimes, en dehors des meurtres, restent impunis parce que le système légal américain ne se donne pas la peine d’enquêter. Si des suspects sont arrêtés par la police tribale, ils sont ensuite relâchés sans être inquiétés. Chaque fois que je tabassais quelqu’un, je remportais une victoire, je vengeais un peu tous les tyrannisés, les persécutés.

Il élève seul son neveu Nathan dont la mère Sybil, est décédée brutalement. C’était la soeur de Virgil et il éprouve encore un profond chagrin depuis sa mort. Un jour, Virgil découvre son neveu inconscient, victime d’une overdose. Il se rend compte qu’une nouvelle drogue circule dans la communauté et décide de traquer les trafiquants.

Mary Short Bear est la fille de Ben, un membre du conseil tribal. Elle aussi est très inquiète quand elle apprend que la drogue arrive dans la réserve, menaçant de détruire des vies. Elle travaille dans un centre qui vient en aide aux plus déshérités de son peuple.

Quand son père demande à Virgil de débusquer le dealer, elle décide de lui prêter main-forte. Après tout, c’est aussi son combat, d’autant que celui qui est soupçonné d’être le pourvoyeur est un ancien petit ami qu’elle a fréquenté après sa rupture avec Virgil. Elle sait qu’il passe du temps à Denver et pense pouvoir le trouver. J’en ai une assez bonne idée, et s’il n’est pas là où je pense, je sais où il est susceptible d’aller.

Virgil et Mary vont donc mener l’enquête et le lecteur entrer dans une histoire qui mêle la vie dans une réserve et une intrigue pleine de suspense. Virgil est tiraillé entre la modernité du monde et les traditions ancestrales qui le tiennent debout. Ce roman décrit sans concessions la violence qui naît dans un territoire quand il est privé de justice.

J’ai beaucoup aimé ce polar, les magnifiques paysages qu’il dépeint et la nostalgie des Indiens qui s’en sont vu déposséder, résignés. Les personnages sont complexes, attachants, l’histoire est haletante et rythmée de rebondissements.