L’amitié est un cadeau à se faire

Tu sais quoi, je me souviens super bien des étoiles cette nuit-là. Il suffit que je ferme les yeux pour voir le ciel comme je le voyais à travers le toit ouvrant de Mac. Magique. Pour toujours. Allez, viens me rendre une petite visite.

Rena Ruggiero est veuve, son mari Vic était un célèbre mafioso de Brooklyn qui a été assassiné quelques années auparavant. Sa fille Adrienne refuse de la voir : Rena n’a jamais apprécié qu’elle ait succombé aux avances de Richie Schiavano, l’homme de main de Vic, alors qu’elle avait quatorze ans. Que ça se soit passé derrière son dos, derrière le dos de Vic, sans qu’ils ne se doutent de rien. Que Richie ait pu à ce point manquer de respect à leur famille. Mais ce qui attriste davantage Rena, c’est qu’elle ne voit pas sa petite-fille Lucia. Elle souhaite tisser une relation avec elle, veiller sur elle, être une grand-mère.

Lacey Wolfstein est une ancienne actrice qui a vécu longtemps à Los Angeles avant de vivre dans le Bronx, dans la maison que lui prête son amie Mo partie s’occuper de sa mère mourante à Monroe. Ça fait deux ans que Wolfstein vit à Silver Beach. Elle s’y plaît. Ici, les gens ne connaissent pas son passé. Personne ne lui a posé de questions, et il y a peu de risques que quelqu’un devine qu’elle a jadis tourné dans des films de cul, ni qu’elle a vécu d’arnaque en ciblant des mecs friqués.

Un jour, Wolfstein entend Adrienne, sa voisine, passer un savon à sa fille qui sort de la maison comme un ouragan. Elle lui fait signe d’approcher et l’invite à rentrer chez elle. Lacey réconforte Lucia qui est intriguée par la sexagénaire.

Lucia est une ado de quinze ans qui vit mal de ne pas savoir qui est son père. Elle désapprouve le mode de vie de sa mère, sèche les cours et ne rêve que de partir à la recherche de son paternel. Un jour, Rena frappe à la porte de sa maison. Elle reconnait la voix de sa grand-mère, mais Adrienne lui claque la port au nez.

Rena s’est enfuie en piquant la voiture de Enzio, un voisin lourdingue qui l’a invitée chez lui et a tenté de la violer. Après lui avoir asséné un bon coup sur le crâne avec le lourd cendrier de l’entrée, Rena s’est imaginé qu’elle pourrait se réfugier chez sa fille, mais Adrienne lui refuse l’entrée de sa maison. C’est Wolfstein qui a assisté à la scène qui l’invite à se reposer chez elle.

Enzio veut à tout prix récupérer sa voiture. Richie a fomenté un sale coup et il est menacé. Bobby, un des types que Lacey a arnaqué, entend bien la retrouver.

Une belle amitié va se nouer entre la pétillante Wolfstein et la très réservée Rena, deux femmes très différentes que les évènements vont pousser à s’apprécier et à s’épauler.

Dans ce roman où se succèdent des scènes – dignes des Soprano – entrecoupées de dialogues hilarants, William Boyle trace des portraits de femmes fortes. Elles se défendent quand des sales types les menacent, refusant de les laisser décider pour elles. C’est un bel hommage à l’amitié, à la solidarité féminine et à la famille.

J’ai adoré me laisser emmener dans les rues de Brooklyn avec ces femmes extraordinaires. Parce que oui, L’amitié est un cadeau à se faire et c’est un très beau roman de William Boyle, paru aux éditions Gallmeister et traduit de l’américain par Simon Baril.