Tout est brisé

Au-delà des gros titres, Erica ne s’était guère tenue au courant de l’actualité. Elle savait qu’il s’agissait du nouveau maire, mais les nouveaux maires n’ont aucune importance quand votre vie s’écroule.

Tout est brisé est un roman de William Boyle, édité chez Gallmeister dans la collection Totem, traduit de l’américain par Simon Baril.

Erica

Son emploi de secrétaire médicale ne lui laisse guère de temps pour s’occuper de son père, vieil homme qui peine à se remettre d’une pneumonie et qu’elle a dû placer dans un centre de ré-éducation. Il se montre tellement tyrannique et entêté dans sa volonté de rentrer chez lui qu’Erica cède au chantage affectif qu’il exerce sur elle.

Veuve, elle s’occupe seule de son père et veille à ce qu’il ait tout ce dont il a besoin. Erica ne peut compter sur sa soeur Jeannie qui vit loin de Brooklyn et ne passe qu’en coup de vent voir leur père. Erica traîne son écrasante solitude comme un bagage encombrant.

Son fils unique Jimmy est parti au Texas noyer sa solitude et son mal de vivre ; il ne lui donne que peu de nouvelles.

Rien ne lui avait été épargné. Ça avait commencé par Jimmy qui avait déménagé au Texas et ne l’appelait jamais.Puis Eddie était mort d’une tumeur au cerveau à l’hospice de l’hôpital Lutheran, et elle avait englouti toutes ses économies dans les funérailles. Lorsque sa mère s’était cassé la hanche en se rendant chez Augie’s pour faire un loto, Erica s’était demandé pourquoi Dieu tenait tant à la punir.

Jimmy

Il déteste ce père qui l’a rejeté dès son adolescence quand il a découvert l’homosexualité de Jimmy. Il reproche à sa mère de ne pas l’avoir suffisamment soutenu.

Parti vivre au Texas, largué par son petit ami qui ne supporte plus sa déprime et son mal de vivre, Jimmy se rend compte que son alcoolisme allège le fardeau de son existence. Mais il n’a plus un rond et ne trouve plus personne chez qui squatter un canapé.

Ça l’avait toujours étonné. À jeun, il passait son temps à se plaindre de la laideur généralisée. Ivre ou avec la gueule de bois, le monde lui semblait d’une beauté parfaite, et il n’y voyait qu’un défaut, lui-même

Un matin, il appelle sa mère.

Le retour dans sa ville le rend d’autant plus morose que rien ne semble avoir changé. Il étouffe.

Renouer les fils

Erica ne baisse pas les bras, elle dépasse sa tristesse et sa solitude pour venir en aide à son fils, le seul moyen qu’elle ait trouvé, c’est l’amour qu’elle lui porte par-dessus tout.

C’est un beau roman dont la douceur atténue le côté sombre.

Tout est brisé, mais tout peut se reconstruire malgré le poids du passé.

William Boyle aborde son sujet avec une délicatesse servie par un style simple, descriptif et suggestif que ce soit pour explorer les sentiments de ses personnages ou pour décrire les quartiers de Brooklyn qu’il adore.

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